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VI-Une nouvelle révolution bancaire  

 
30 janvier 2003

Ce monde de la banque, qui il y une vingtaine d'années était compartimenté, réglementé, et dominé par l'État, connaît depuis des mutations profondes, dont le rythme s'accélère brutalement ces dernières années. Elles proviennent de la conjonction plusieurs facteurs.

 
 

La loi bancaire de 1984

Tout d'abord la loi bancaire de 1984, qui soumet à un cadre juridique commun l'ensemble des établissements de crédit, quel que soit leur statut, est au point de départ d'un mouvement continu de décloisonnement du crédit et de déréglementation du système bancaire. En 1999, les Caisses d'Épargne reçoivent, tout comme les caisses de Crédit agricole le statut de sociétés coopératives de banque, et en 2002 les établissements mutualistes entrent à la Fédération des banques françaises. La libéralisation du crédit instaure les bases d'une concurrence véritable entre les banques et les autres établissements de crédit sur un marché national globalisé, où les opérations tendent à se banaliser.

Globalisation

Ensuite l'unification du marché des services financiers dans un cadre européen réalisée entre 1993 et 1999 sous l'impulsion de la Commission européenne, l'imposition en 1993 du ratio Cooke comme ratio européen de solvabilité, l'adoption d'une monnaie unique européenne au début de 2002, exposent les banques françaises à une concurrence accrue de l' étranger.

Privatisation

Par ailleurs, en 1987, le gouvernement Chirac privatise quelques grandes banques , dont la Société générale, le Crédit commercial de France, Suez et Paribas, et l'année suivante il mutualise la Caisse nationale de crédit agricole. Les privatisations sont gelées de 1988 à 1993, mais elles reprennent ensuite, et touchent la BNP en 1993 et le Crédit lyonnais en 1999. Avec la privatisation de la Banque Hervet en 2001 et la cession en 2002 de 10% du capital du Crédit lyonnais restant détenu par l'État, ce mouvement de dénationalisation arrive à son terme.

Unce conjoncture agitée

Enfin, ces banques désormais privées se trouvent plongées dans une conjoncture agitée, marquée par de graves crises, comme la récession qui frappe l'économie française en 1993, les difficultés financières crise en Asie durant l'année 1998, et les désastres immobiliers des années 1990. De là une grave crise bancaire qui atteint son pic en 1997-1998, et qui frappe en particulier le Crédit foncier, le Crédit lyonnais, le CIC, la Société marseillaise de crédit.


Tout cela déchaîne une concurrence intense, et provoque des mutations d'autant plus brutales en France qu'elles y ont été longtemps retardées par l'influence de l'État. Elles se sont traduites par une série d'acquisitions et de prises de contrôle spectaculaires qui restructurent le secteur bancaire :


  • en 1996, l'alliance du Crédit local de France et du Crédit communal de Belgique donne naissance à Dexia, qui est une société belge, et un établissement mutualiste, le Crédit agricole, acquiert Indosuez ;
  • en 1997, Paribas cède le Crédit du Nord à la Société générale, et le Crédit national achète la Banque française pour le commerce extérieur, la fusion de ces deux entités entraîne la création d'un groupe nommé Natexis ;
  • en 1998, les Banques populaires lancent une OPA amicale sur Natexis, et au mois d'avril de la même année le Crédit mutuel prend le contrôle de l'Union européenne de CIC ;
  • en 1999, la BNP qui dès sa privatisation a eu pour objectif la croissance externe, lance une double OPE sur la Société générale et sur Paribas : au terme d'un semestre d'affrontements, elle emporte un demi-succès, en prenant le contrôle de Paribas seulement : un fusion donne naissance l'année suivante à la BNP-Paribas ;
  • en juin 2000 le CCF, qui était convoité par plusieurs investisseurs étrangers, est l'objet d'une OPA amicale du groupe britannique HSBC, et la Banque Hervet, vendue en 2001 au CCF, entre du coup dans le même groupe.


Plus généralement, la concentration du secteur bancaire s'accentue rapidement : en 1984, il y avait encore en France 1556 banques, deux fois moins qu'au début du siècle ; en 1998, il n'y en a plus que 1000. Et ce mouvement de réorganisation qui affecte le monde des banques se poursuit actuellement, comme le montrent la compétition que se livrent la BNP et le Crédit agricole pour le contrôle du Crédit lyonnais, et les projets en cours de restructurations et de fusions concernant les Banques populaires et les caisses de Crédit agricole ...

Profit et rentabilité

Dans le même temps, les banques françaises, qui se situaient entre la 101e et la 240e place dans le classement des banques mondiales établi en fonction de leur rentabilité en 1997, à la sortie de la crise bancaire, ont réussi un net redressement en ce domaine. Grâce à l'importance qu'elles accordent aux activités de banque de détail, elles sont moins touchées que d'autres par la montée des risques qui affectent les résultats de beaucoup de banques étrangères. Dans l'ensemble, elles ont assez bien résisté au processus de désintermédiation en cours durant la dernière décennie, et elles devraient bénéficier de la réintermédiation du financement provoqué par le récent recul de la Bourse.


Mais elles doivent poursuivre leurs efforts pour améliorer une rentabilité encore insuffisante, affronter une concurrence étrangère de plus en plus vive, et dans le même temps, sous la pression de l'Europe, elles pourraient voir disparaître certaines de leurs spécificités héritées du passé, comme l'absence de tarification du service des chèques, contrepartie de l'absence de versements d'intérêts sur leurs dépôts à vue. Enfin, comme Internet ouvre à de nouveaux acteurs l'accès à des opérations et à des services réservés jusque-là aux établissements de crédit, les banques françaises doivent s'adapter rapidement à cette révolution, inventer de nouveaux canaux de distribution même s'il semble bien que la relation client/agence ait encore de beaux jours devant elle. Mais elles ont au cours de leur longue histoire relevé bien d'autres redoutables défis ...


Source : Alain Plessis

 
 
 
 
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