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IV - Le temps des épreuves (1914-1945)  

 
30 janvier 2003

Les banques françaises ont eu ensuite à affronter une longue période de difficultés, et d'abord les perturbations dues à la première guerre mondiale. Dès qu'elle éclate, les banques de dépôts sont assaillies de demandes de retraits.

 


Le gouvernement décrète un moratoire pour leur permettre de ne rembourser que très progressivement leurs dépôts, et leur image dans le public en est gravement altérée.



Après la première guerre mondiale

Après la guerre, la reconstitution des ressources s'avère difficile : beaucoup d'épargnants sont appauvris par l'inflation et par le refus de l'URSS de reconnaître les dettes de la Russie tsariste, les capitaux fuient à l'étranger lors des crises du franc de 1923-1926.


Les fonds propres des banques sont érodés par l'inflation. Aussi les banques de dépôts se cantonnent-elles dans des crédits à très court terme, en achetant massivement des bons du Trésor. Les maisons de la haute banque se contentent souvent de gérer leurs positions antérieures. Les banques d'affaires interviennent surtout en Europe centrale et orientale et dans les colonies. Quant aux banques locales et régionales, elles connaissent une certaine renaissance pendant les années 1920 et elles aident fréquemment les entreprises industrielles à financer leurs investissements.

Faillites

Mais ces structures bancaires demeurent fragiles, et ce n'est qu'avec la stabilisation du franc par Poincaré en 1926-1928 que les établissements de crédit parviennent à reconstituer leurs ressources.


Dès le début de la grande crise, les banques locales et les banques nouvelles qui avaient prêté hardiment aux industriels pendant le boom des années 1920 sont victimes de la " congélation " de leurs crédits, et exposées à des demandes massives de retraits de leurs dépôts. Elles tombent en faillite en 1930-1931, et le nombre des banques diminue d'un quart. Une seule grande banque, la Banque nationale de crédit, née en 1913, menace de s'effondrer. Le Trésor public l'aide à se liquider, et elle cède sa place à la Banque nationale pour le commerce et l'industrie. Les autres, qui avaient conservé de fortes encaisses liquides, réussissent à surmonter la crise bancaire, qui n'a donc pas eu la même gravité qu'aux États-Unis ou en Europe centrale. Mais elles sont sorties de l'épreuve affaiblies, et leur taille s'est considérablement amenuisée, puisque en 1936 la plus grande banque anglaise, la Midland Bank, " pèse " aussi lourd que les sept premières banques françaises réunies.

Intervention de l'Etat

Ce déclin du secteur privé a pour contrepartie une intervention accrue de l'État. II disposait depuis 1816 de la Caisse des dépôts et consignations, qui a pour ressource essentielle les fonds des Caisses d'épargne et qui soutient les finances publiques en achetant des rentes et des bons du Trésor ; dans les années 1930, elle est chargée de plus de réescompter les effets représentatifs de crédits à moyen terme. Les pouvoirs publics ont créé en 1918 les chèques postaux, qui se développent lentement. Dans les années 1920, les rouages bancaires relevant du secteur public ou mutualiste se multiplient : les banques populaires et les caisses de crédit agricole connaissent une réelle extension (loi de 1920 créant l'Office national de crédit agricole, devenu Caisse nationale), le Crédit National, fondé en 1919, finance d'abord la reconstruction des régions dévastées, puis il se spécialise dans des prêts de longue durée. En 1936, le Front populaire " réforme " la Banque de France : les banquiers régents disparaissent et désormais l'institut d'émission est soumis étroitement au pouvoir. La même année, on crée la Caisse des marchés de l'État, chargée de faire des crédits aux firmes travaillant pour des marchés publics et de concourir ainsi à l'effort de réarmement de la France.

La seconde guerre mondiale

Pendant la seconde guerre mondiale, les banques souffrent de l'effondrement de l'économie (abondance des ressources et faiblesse des emplois), de la coupure des liens avec leurs réseaux étrangers et des pressions de l'occupant. S'y ajoutent des mesures raciales de blocage des comptes des déposants juifs, que les banques doivent appliquer bon gré mal gré, se trouvant transformées en auxiliaires d'une spoliation organisée à la fois par l'Occupant et par l'État de Vichy. Ce dernier met fin au régime libéral dans lequel fonctionnaient toujours les banques en France : la loi du 13 juin 1941 les définit et réglemente leur activité et met en place des institutions, qui seront largement maintenues à la Libération sous d'autres noms (Commission de contrôle des banques, Conseil national du crédit). Il y a alors 550 banques en France.


Source : Alain Plessis

 
 
 
 
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