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22 janvier 2016

Interview de Marie-Anne Barbat-Layani, Directrice générale de la FBF, sur L'Opinion.fr

Relance de la zone euro, banques et innovation, Fintech, financement de l'économie : Marie-Anne Barbat-Layani, est l'invitée de L'Opinion.fr.

 

Interviewée le 21 janvier 2016 par Nicolas Beytout dans l'émission "L'Opinion de...", Marie-Anne Barbat-Layani, Directrice générale de la Fédération Bancaire Française, livre son analyse du contexte économique actuel.


Nicolas Beytout

Le monde entier est en train de ralentir, le Fonds monétaire international vient de réviser à la baisse ses prévisions, la Banque Mondiale l'avait fait la semaine dernière. La Chine préoccupe beaucoup de gens, la France aussi. Est-ce inquiétant ?


Marie-Anne Barbat-Layani

Il y a des incertitudes très fortes sur les marchés, il y a aussi beaucoup de volatilité, on pourra y revenir si vous le souhaitez, parce que c'est un des effets de la réglementation que d'avoir moins d'acteurs stabilisateurs, comme les grands " paquebots " bancaires. Mais oui, on a une situation sur les marchés qui est assez sérieuse. En même temps, il y a des points positifs, l'Amérique va bien, les Etats-Unis vont bien, il s'agit d'un moteur assez sérieux de la croissance ... [...] la Chine a un ajustement à faire : l'investissement a baissé, il faut que l'épargne s'ajuste. Et il y a aussi une zone euro qui finalement tire pas mal son épingle du jeu.


Nicolas Beytout

A 1,5 % en moyenne, 1,6 %... Là aussi, révision à la baisse, vous trouvez que c'est une façon de tire son épingle du jeu ?


Marie-Anne Barbat-Layani

Ce n'est pas si mal quand on regarde, par rapport aux autres zones mondiales, et il y a des points très positifs. Je pense que la politique monétaire fonctionne assez bien. Nous le voyons sur le crédit, ça c'est un indicateur qu'on suit évidemment de très près. [...] on voit que le crédit est reparti dans la zone euro depuis quelques mois, ça c'est quand même une nouvelle positive. En France, on ne le voyait pas tellement parce qu'on a toujours eu un crédit assez dynamique, et chez nous, ça a accéléré, et dans la zone euro, c'est redevenu positif.

[...] Nicolas Beytout

Vous avez évoqué le mot " volatilité ", et la volatilité est celle des marchés financiers, la Bourse démarre très mal l'année 2016. Les banques démarrent très, très mal, ce sont des baisses entre 18 et 20 % depuis le 1er janvier. Est-ce une menace pour elles ?


Marie-Anne Barbat-Layani

Ce n'est pas positif, évidemment. En même temps, les banques sont solides. Dans la zone euro, il faut se souvenir que nous avons subi un examen très approfondi réalisé par la Banque Centrale Européenne qui nous surveille... [...] Au-delà même du " stress-test ", nous avons fait un le bilan de santé complet qu'on a appelé " AQR ", " Asset Quality Review ", " Revue de la Qualité des Actifs ", c'est-à-dire que, avant de prendre les commandes de la " voiture bancaire européenne ", la BCE a ouvert le capot, démonté toutes les pièces, regardé si ça allait, et après, elle a fait le " stress-test ".


[...] Nicolas Beytout

Donc vous diriez aujourd'hui que les banques ne sont pas menacées par cette volatilité, par - je ne sais pas si on peut parler d'effondrement des cours - mais cette baisse très violente ?


Marie-Anne Barbat-Layani

Les banques sont solides, elles ont une activité diversifiée, elles ont retrouvé, même si c'est un vrai souci aujourd'hui, la rentabilité bancaire, elles ont retrouvé des bénéfices, etc., donc c'est un secteur solide. [...] La baisse des cours n'est pas positive ! Evidemment, il faut encore trouver des investisseurs qui vont placer leur argent dans les banques, etc., et je pense que l'on est dans une période d'incertitude sur les marchés, un peu globale, donc il faut garder son calme, c'est ce que nous a dit le ministre de l'Economie hier à Bercy, il a tout à fait raison, il faut garder son calme et puis il faut évidemment ajuster en fonction des évolutions.


Nicolas Beytout

[...] On parle beaucoup de la croissance de la nouvelle économie. Cette nouvelle économie, elle a beaucoup d'impact sur les banques. Par exemple elle fait monter ce qu'on appelle la " FinTech ". Est-ce que là aussi, c'est une menace pour les banques ?


Marie-Anne Barbat-Layani

Ce n'est pas une menace, c'est plutôt une opportunité pour les banques ! [...] Les banques ont toujours innové ! Ca a commencé par les bus qui sont allés amener de l'argent dans les campagnes, la carte bancaire qui est une innovation qui a été portée par les banques françaises, puis la carte à puce, et ça se poursuit aujourd'hui par, je dirais pour simplifier , les " FinTech ". C'est un secteur qui intéresse beaucoup mes adhérents et ils ne sont pas contre les " FinTech ", ils sont tout contre ! Il y a beaucoup de collaboration, ça fonctionne assez bien comme filière et comme écosystème, comme dans tous les grands secteurs industriels, en fait.


Nicolas Beytout

[...] Les banques détruisent désormais des emplois.


Marie-Anne Barbat-Layani

C'est vrai, depuis deux ans, la banque n'est plus créatrice nette d'emplois. Elle embauche beaucoup quand même : 35.000 embauches l'année dernière, donc c'est important... [...] Mais c'est vrai que la banque, notamment la banque de détail, est sous pression, d'abord parce qu'il y a des taux très bas, ensuite parce qu'effectivement, il y a beaucoup de concurrence, le numérique crée une pression concurrentielle forte, crée un besoin d'investissement plus fort... et puis une pression réglementaire qui renforce beaucoup les coûts...


Nicolas Beytout

Je reviens, il y a une quinzaine d'années, quelqu'un qui est assez connu dans ce milieu-là, qui s'appelle Bill GATES, avait dit : " Banking is the central, Banks are not ". " Le métier de banque est essentiel, les banques ne le sont pas ". Il a raison ?


Marie-Anne Barbat-Layani

Ecoutez, non, il n'a pas raison. Je pense que les banques jouent un rôle tout à fait essentiel. On le voit sur les financements. Nous avons une évolution très forte vers plus de financements de marchés, un peu moins de financements par le crédit bancaire. Aujourd'hui, les marchés sont en pleine incertitude, en pleine tempête. Il est très important qu'il y ait, dans les économies, des stabilisateurs, [...] ce qu'on appelait autrefois les investisseurs institutionnels, qui sont capables d'intervenir et de ralentir les mouvements... Et qui sont agiles ! Qui s'adaptent ! Parce que là où je m'inscris en faux c'est sur l'opposition qu'on essaie de créer entre les " FinTech " qui seraient les seules à innover, et les banques! Les banques continuent à innover. Les banques d'ailleurs s'intéressent aux " FinTech " parce que ce sont aussi des innovateurs qu'elles peuvent dans un certain nombre de cas intégrer. Vous avez vu des opérations de certains de mes adhérents qui se rapprochent des " FinTech ",


[...] Nicolas Beytout

Un des grands sujets qu'on discute avec les banques, parfois qu'on leur reproche, c'est l'accès au crédit, la difficulté de trouver des prêts...


Marie-Anne Barbat-Layani

De ce point de vue-là, nous sommes dans le pays dans lequel cela fonctionne le mieux dans toute la zone euro. Je vais citer un seul chiffre : 94 % de réponses positives aux demandes de crédit d'investissement des PME. [...] La demande s'est un petit peu relevée au cours des trois derniers trimestres, mais elle stagne, pour les PME, crédits d'investissement, autour de 23 %.


Nicolas Beytout

Donc ça signifie que l'investissement n'est pas reparti, en France ? Pas suffisamment ?


Marie-Anne Barbat-Layani

Pas suffisamment. Donc moi, j'ai un message : c'est le moment d'investir, les taux sont historiquement bas, donc... C'est le moment d'aller voir son banquier et d'avoir des beaux projets et d'investir, oui.


Nicolas Beytout

Et le message à vos " adhérents ", comme vous dites, aux banquiers, c'est d'être plus coulant avec les dossiers, plus accommodant ?


Marie-Anne Barbat-Layani

Les banquiers sont ouverts, on l'a vu, 94% de réponses positives. Ca ne pourra jamais être 100 % parce que, si on fait du crédit responsable...Dans la stratégie des banques françaises, le financement de l'économie et le financement notamment des entreprises est notre priorité stratégique numéro un, et je crois que les chiffres sont là pour le montrer.

 
 
 
 
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